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May 28 Miyazaki et les femmesEn neuf films, le Nippon Hayao Miyazaki a su s'imposer comme une figure majeure du cinéma d'animation. Entre voyages initiatiques, contes et légendes peuplés d'animaux, princesses et sortilèges, il insuffle à chacune de ses œuvres une magie et une poésie incroyables et nous transporte dans son univers, dont nous, pauvres occidentaux ne détenons pas toutes les clés. Fidèle à la tradition japonaise animiste, le cinéaste éprouve un profond respect envers la nature et les animaux, thèmes omniprésents dans sa filmographie. Mis à part Le Château de Cagliostro et Porco Rosso, dont les héros principaux sont des personnages masculins, Miyazaki centre constamment ses films sur des personnages féminins, représentant tous les âges :
- la fillette : o Mei et Satsuki (Mon voisin Totoro) o Chihiro (Le Voyage de Chihiro) o Kiki (Kiki la petite sorcière)
- l'adolescente : o Sheeta (Le Château dans le ciel) o Fio (Porco Rosso) o San (Princesse Mononoké) o Sophie (Le Château ambulant) o Nausicaä (Nausicaä de la vallée du vent)
- la femme : o Lady Eboshi (Princesse Mononoké) o Kushana (Nausicaä de la vallée du vent) o Gina (Porco Rosso) o la mère (Mon voisin Totoro) o Osono la boulangère (Kiki la petite sorcière)
- la grand-mère : o la voisine (Mon voisin Totoro) o Sophie (Le Château ambulant) o Dora (Le Château dans le ciel) o Yubâba et son double Zeniba (Le Voyage de Chihiro) o O-baba (Nausicaä de la vallée du vent)
Pourquoi une telle fascination pour les femmes, et tout particulièrement les jeunes filles ?
La jeunesse, espoir de l'humanité
Les véritables héroïnes de Miyazaki sont incarnées par des enfants ou des jeunes filles, les femmes adultes restant des personnages secondaires, présentes pour les aider ou les contrer. Traumatisé par la destruction grandissante de la nature par l'homme, Miyazaki nourrit un réel espoir dans la jeunesse et tente de lui transmettre des valeurs de respect devant la supériorité de la nature. Les enfants, pas encore pollués par la civilisation actuelle, restent très proches de la nature, s'émerveillant de sa beauté et de ses ressources. Dotés d'une innocence face au monde qui les entoure, ils prendront rapidement conscience de la nécessité de préserver la Terre, voire alerteront les adultes à ce sujet. Mei, l'un des personnages centraux de Mon voisin Totoro, reste l'une des illustrations les plus parlantes : très jeune, elle passe son temps à courir dans les prés et à jouer avec les animaux, en parfaite harmonie avec la nature. Lorsqu'il développe ses scénarios, le cinéaste imagine spontanément des enfants pour ses personnages et s'inspire beaucoup de fillettes de son entourage (la fille d'un de ses amis pour Chihiro notamment). Cela permet au public, largement enfantin, de mieux s'identifier aux personnages et à l'auteur de proposer des héroïnes à la psychologie fouillée.
Enfants matures, adultes irresponsables
Confrontées à l'absence plus ou moins temporaire de leurs parents, les jeunes filles prennent des responsabilités d'adultes, gagnant très tôt une certaine maturité. Chihiro, flairant le danger, refuse de goûter la nourriture du parc qu'elle et ses parents découvrent. Elle tente de les raisonner devant leur gloutonnerie abusive et, sourds à ses avertissements, se transforment en cochons. Les Japonais ne respectent pas cet animal qui possède tous les défauts de la race humaine : l'égoïsme, l'irresponsabilité et la jouissance exagérée de sa liberté. Par la suite, la petite Chihiro accèdera à un monde fantasmagorique auquel elle sera contrainte de s'adapter puis d'y échapper afin de délivrer ses parents du maléfice. Dans Mon Voisin Totoro, Satsuki s'occupe de sa petite sœur Mei, remplaçant une mère absente, suite à une convalescence prolongée, et un père légèrement dépassé par les événements. Sophie (Le Château ambulant), dont la mère se préoccupe plus de son apparence physique que de sa fille, est victime d'un mauvais sort qui la métamorphose en femme de 90 ans. La famille de Kiki, sorcières de mères en filles, l'envoie seule dans une ville inconnue pour faire l'apprentissage de la sorcellerie. San, élevée par une louve, défend bec et ongles l'âme de la forêt contre la folie humaine, personnifiée par Lady Eboshi. Au décès de son père, la jeune Nausicaä prend la tête du royaume de la Vallée du vent. Plus tout à fait des enfants, mais pas encore des adultes, elles se choisissent une figure de sagesse, qui les rassure et les soulage de leur fardeau. Le personnage de la grand-mère joue un rôle primordial dans les films de Miyazaki. Ainsi, les fillettes de Mon voisin Totoro, privées de leur mère momentanément, effectuent un transfert sur leur voisine, une dame âgée, qu'elles appellent immédiatement "grand-mère" et qui se consacre à elles. Même Yubâba, qui apparaît comme un personnage tyrannique et avide de pouvoir, vient en aide à Chihiro par l'intermédiaire de son double sympathique, Zeniba.
Le passage à l'âge adulte
Toutes les héroïnes, excepté Mei qui reste dans le monde de l'enfance, transitent vers l'âge adulte, avec les doutes et les interrogations que ce passage peut susciter. Miyazaki le symbolise notamment par les coupes de cheveux de ses héroïnes : l'adorable Mei arbore des couettes, en revanche sa grande sœur Satsuki a déjà les cheveux courts ; Kiki les porte courts également mais toujours entourés d'un ruban rouge, signe qu'elle est en pleine transition ; Nausicaä et San ont déjà les cheveux courts et des responsabilités importantes pour leur âge, défendre leur territoire dans un sentiment quasi animal ; seule Chihiro conserve sa queue de cheval mais son voyage initiatique est emprunt au rêve et à l'imaginaire, en référence forte à Alice aux pays des merveilles. En revanche, trois personnages matérialisent l'action de se couper les cheveux, instauré comme un rituel de passage vers l'âge adulte : Sheeta (Le Château dans le ciel), Sophie (Le Château ambulant) et une première, ce n'est pas une fille mais un garçon, Ashitaka, dans Princesse Mononoké. Aucun d'eux ne possède de réels repères parentaux – Sheeta est orpheline, Sophie a une mère démissionnaire et Ashitaka est banni de son village – provoquant ainsi une nécessité de s'accomplir par eux-mêmes. Par ce geste symbolique fort, ils coupent le cordon et deviennent ainsi des adultes à part entière.
Souvent privées de leurs parents, donc de leurs référents dans leur construction psychologique, les héroïnes de Miyazaki entretiennent des relations privilégiées avec les autres personnages féminins adultes. San possède un lien fusionnel avec sa mère louve, délaissant le monde des humains qui la révulse, devenant ainsi une enfant-loup. Elle mène une lutte sans merci contre Lady Eboshi qui veut détruire l'âme de la forêt, dans un conflit presque œdipien, nécessaire à la construction de la personnalité. Kiki, quant à elle, retrouve dans Osono la boulangère – elle-même enceinte – la mère qu'elle a quittée pour poursuivre ses études de magie. Victime de la jalousie de la sorcière des Landes, Sophie est transformée en vieillarde, ce qui lui apportera la sagesse nécessaire à son évolution personnelle. Enfant prisonnière d'un corps d'adulte, elle représente le mieux l'état de l'adolescence, avec cette mutation à la fois physique et mentale. Elle jouera alors le rôle de référent du petit Marko, puis de la sorcière des Landes métamorphosée en vieillarde inoffensive, et veillera sur eux comme une mère sur ses enfants.
Trois types particuliers d'héroïnes
Nous pouvons définir trois types d'héroïnes chez Miyazaki, correspondant à l'évolution physique et psychique de l'enfance à l'âge adulte, en passant par les troubles de l'adolescence :
- les enfants "innocentes" : Mei, Satsuki et Chihiro - les jeunes filles perdues face à leur destin : Kiki, Sheeta et Sophie - les guerrières affirmées qui affrontent le leur : Nausicaä et Mononoké
Dans Mon voisin Totoro et Le Voyage de Chihiro, les héroïnes sont des fillettes, qui restent ancrées dans le monde du rêve et de l'imaginaire, très proche de l'univers de Lewis Carroll. Comme dans Alice au pays des merveilles, la jeune Mei suit le petit Totoro blanc dans le tunnel et découvre les esprits de la forêt que seuls les enfants peuvent voir ; le chat-bus rappelle également l'énigmatique Chester. Chihiro se trouve également propulsée dans un monde fantastique, empli de créatures magiques, dont elle s'échappe comme d'un rêve. Toutes trois privées de leurs parents pendant un laps de temps, elles se réfugient dans un univers parallèle, pour mieux supporter la difficulté de leur condition actuelle. Miyazaki nous livre ici ses deux films les plus optimistes, offrant à travers ces personnages une pureté et une innocence presque féeriques. Bien qu'ayant expérimenté le monde des adultes, Satsuki et Chihiro le refusent et se maintiennent dans celui plus rassurant de l'enfance. La première parvient à voir les Totoros, preuve qu'elle a conservé son âme d'enfant ; la seconde, après avoir été rebaptisée Sen par Yubâba (pratique également usitée chez les geishas lorsqu'elles perdent leur statut d'apprenties) retrouve son nom originel et s'enfuit.
Kiki la petite sorcière, Le Château dans le ciel et Le Château ambulant nous proposent un deuxième type d'héroïnes, les jeunes filles perdues face à leur destin. Autant Miyazaki traite les aventures de Kiki avec une certaine légèreté, il offre un regard plus sombre sur les deux autres. Kiki est contrainte de quitter ses parents pour faire l'apprentissage de la sorcellerie, mais surtout de la vie. Débarquée dans une ville où elle se sent étrangère, elle cherche à tout prix à s'intégrer et entrer dans le moule, perdant ainsi son seul pouvoir magique, voler. Elle devra restaurer sa confiance en elle pour recouvrer les pouvoirs qui font sa singularité. En ce qui concerne la princesse Sheeta et Sophie, la tâche se veut plus difficile car elles ne comprennent pas immédiatement les enjeux de leur destinée. Sheeta, détentrice d'un mystérieux médaillon qui suscite bien des convoitises, est retenue prisonnière dans un dirigeable. Après son évasion, elle se découvrira seule descendante de la famille royale et héritière du trône de Laputa, une île flottante légendaire secrètement cachée dans les nuages. D'abord timide et désorientée, elle se révèlera à la fin du film pour s'opposer à la folie de Muska, son frère, qui veut prendre contrôle de Laputa afin de dominer le monde. Sophie, victime d'un affreux sortilège et amoureuse du magicien Hauru, cherche sa propre identité au sein de ce monde. Dans sa quête, elle tentera de sauver l'homme qu'elle aime. Kiki, Sheeta et Sophie acceptent finalement leur destinée, après avoir traversé des épreuves initiatiques.
Enfin, Nausicaä de la vallée du vent et Princesse Mononoké nous présentent les deux guerrières, héroïnes les plus complexes et abouties de Miyazaki. Elles appartiennent déjà au monde des adultes mais donnent l'impression d'avoir grandi trop vite. Toutes deux princesses, elles assument des fonctions d'adultes avant l'heure. Nausicaä, après la mort de son père, règne sur la Vallée du vent. À force de guerres, les hommes ont détruit la nature, imposant le développement d'insectes géants, mutants, menaçant les survivants. La forêt toxique, le Fukaï, s'étend dangereusement, privant les hommes d'oxygène et de vie. La princesse cherche à préserver son peuple tout en essayant de comprendre la nature et les animaux. Le personnage de Nausicaä trouve ses inspirations dans la mythologie grecque et dans un conte japonais du XIIème siècle, La Princesse qui aimait les insectes. Dans L'Odyssée d'Homère, Nausicaä, princesse phéocienne, portée par l'apparition en rêve d'Athéna, secourt Ulysse après son naufrage, seule à ne pas être effrayée par son apparence. Dans la légende japonaise, la princesse refuse de se conformer aux critères de beauté de l'époque, croyant en la beauté intérieure. Alors que les autres jeunes filles s'intéressent aux papillons, elle est fascinée par les chenilles et les chrysalides. La Nausicaä de Miyazaki s'imprègne de ces deux légendes, lui apportant une once de divinité mêlée à une part d'humanité. C'est un personnage fort, qui se bat pour ses convictions, n'hésitant ni à se sacrifier ni à décimer une partie de l'armée qui a envahi la Vallée du vent. Partagée entre son respect de toute forme de vie et son instinct de guerrière, elle trouvera la force de guider son peuple, qui voit en elle l'Élue, vers la paix universelle. Le combat de San n'est pas totalement différent. Élevée par une louve, elle rejette toute forme d'humanité, responsable de la destruction de la forêt. Tout comme Nausicaä avec Kushana, à la tête de l'armée tolmèque, San affronte Lady Eboshi. Leurs deux ennemies possèdent la même soif de pouvoir et de domination sur la nature. En choisissant des femmes pour interpréter ces deux guerrières ancestrales, Miyazaki déjoue le rôle qu'on leur prête traditionnellement : douceur, tendresse et pacifisme. En leur associant des fonctions contraires à notre perception, il leur octroie une force incroyable. Il est nécessaire de s'attarder quelques instants sur l'étymologie de Mononoké. En japonais, mono désigne tout ce qui a une âme et dans la religion shintoïste, toute chose possède une âme. Ke signifie l'énergie vitale et mono no ke peut se traduire comme "l'énergie vitale de toute chose". Esprit bon ou mauvais, le mono no ke se personnifie à travers le dieu-cerf, qui représente l'âme de la forêt, que San et Ashitaka tenteront de préserver quoiqu'il advienne.
La Voie du Yin et du Yang
Selon la pensée taoïste, la Voie du Yin et du Yang (ommyôdô) est tenue pour loi essentielle de l'univers. Le Yin représente le "souffle" féminin, obscur, passif et le Yang, le "souffle" masculin, lumineux, actif. C'est l'association de ces deux "souffles" opposés et complémentaires qui perpétue la vie cosmique. Le couple du Yin et du Yang se révèle comme étant l'"Ultime Suprême" ou encore le Tao, la "Voie". On observe parfaitement cette alchimie entre les personnages féminins et masculins dans le cinéma de Miyazaki. Les seconds apportent une aide souvent salvatrice aux héroïnes, qui ne se réalisent pleinement qu'à leur contact. Dans leur quête, toutes les héroïnes reçoivent l'aide d'un adjuvant, très caractéristique des contes occidentaux, qui prend les traits d'un personnage masculin : Yupa, le mentor de Nausicaä et Asbel, le jeune garçon qu'elle sauve (Nausicaä de la Vallée du vent) ; Pazu qui apprend à Sheeta l'existence de Laputa (Le Château dans le ciel) ; Kanta prête son parapluie à Satsuki (Mon voisin Totoro) ; Tombo détourne l'attention des policiers et gagne l'amitié de Kiki (Kiki la petite sorcière) ; Haku prend Chihiro sous son aile (Le Voyage de Chihiro) ; Hauru cherche à protéger Sophie (Le Château ambulant). Seuls deux films font exception, Porco Rosso et Princesse Mononoké. Dans le premier, c'est la jeune Fio qui redonne goût à la vie à Porco et dans le second, Ashitaka et San sont étroitement liés et s'aident mutuellement. San lui fait prendre conscience de la folie destructrice des hommes et Ashitaka lui permet d'ouvrir son cœur à la race humaine. Ils ne peuvent vivre l'un sans l'autre et ne peuvent vivre ensemble, d'où le terrible dilemme du film, peut-être le plus pessimiste du cinéaste.
La vision de la femme : Miyazaki vs Disney
Miyazaki bouscule nos codes traditionnels en matière de dessins animés, notre principale référence étant les films de Walt Disney, eux-mêmes adaptés de contes de fées occidentaux. Bien que surnommé le Disney japonais, Miyazaki offre une véritable divergence de préoccupations. Ses héroïnes ne cherchent pas à devenir de parfaites épouses comme Cendrillon et ses consœurs et n'attendent pas naïvement d'être enlevées par le prince charmant. Pour les héroïnes de Miyazaki, la recherche d'un mari ne constitue pas une fin en soi. Cela ne les empêche pas pour autant de vivre des histoires d'amour fortes, les plus "assumées" par le réalisateur étant celles d'Ashitaka et San dans Princesse Mononoké et de Sophie et Hauru dans Le Château ambulant. Ce ne sont pas des femmes soumises, telle Blanche-Neige accomplissant nombre de travaux ménagers chez les sept nains, mais totalement libres, en quête de spiritualité et d'élévation psychique. Là où Walt Disney imposait un machisme limpide dans la description de ses héroïnes – exceptées Mulan et Pocahontas, d'influence orientale – Miyazaki affiche un certain féminisme dans la création de ses personnages, apportant un regard neuf sur la place des femmes dans l'animation.
Ripley
July 25 Days of heaven de Terrence Malick (1973)
Le cinéma est devenu un art mature le jour où il a réussi à raconter une histoire simple, à nous permettre de réfléchir sur notre vie et à se critiquer dans une même œuvre.
Terrence Malick est déjà un grand cinéaste américain depuis son premier long métrage, Badlands, lorsqu'il présente Days of heaven à Cannes en 1979, qui lui vaudra le prix de la mise en scène.
Ce film, inspiré directement des Raisins de la colère passe l’épreuve de la maturité du cinéma américain. Il nous raconte l’histoire simple d’un couple à 3 où se mêlent amour et argent. Il nous montre aussi à quelle extrémité peuvent en arriver certains américains (vendre celle qu’on aime) pour vivre décemment et quel est ce phénomène que l’on découvre en France : les travailleurs pauvres. Pour Malick, le western ne représente pas la genèse de l’Amérique. Ce sont les hommes qui travaillent chaque jour qui ont construit son beau pays. Ceux qui tirent sur les hommes comme sur des lapins ne sont pas des héros. Par là, Malick critique le cinéma hollywoodien parce qu'il ne montre pas la vie réelle et rend hommage au magnifique Raisins de la colère de John Ford qui avait eu cette ambition avant lui.
T² Badlands de Terrence Malick (1973)
Martin Sheen et Sissi Spacek Les américains ont ce rapport à la nature loin de la médiocrité de nos aventuriers de Koh-Lanta… ils ont conservé un je ne sais quoi des indiens, a natural way of life, une liberté perdue par les européens. Terrence Malick est le cinéaste qui sait le mieux représenter cette vie. Dans Badlands (La Ballade sauvage en VF), il raconte sa version d’un fait divers du Middle West américain : la fuite de deux meurtriers amoureux dans les prairies du Dakota et du Montana. Pour Malick, James Dean, le symbole d’une Amérique qui réussit, n’est qu’un cow-boy, beau, malin, mais rustre, machiste et dangereux s’il se sent en danger. On peut admirer comment en quelques jours, le héros monte un campement de scout au milieu d’une forêt. Ou comment le héros choisit de rouler à travers la prairie pour éviter la police, il y trouve de l’essence, des vaches ou des poulets et du maïs pour se nourrir. Le rêve de tout Robinson Crusoë ! On peut aussi détester qu’il tue tous ceux qu’il considère comme des dangers potentiels, sa colère dès que l’ordre immuable des choses se bouleverse (quand sa femme lui dit « non ») et sa femme qui n’est qu’une potiche.
Evidemment, le parallèle avec une actualité moyen-orientale est assez facile : il attaque dès qu’il se sent en danger et ne respecte pas celui qu'il croit différemment de lui, même si aujourd’hui, il a perdu de sa beauté éclatante et de ses ambitions humanistes.
Attention, Badlands, c’est d’abord un ancêtre de Thelma et Louise installé dans les années 60 : un immense road-movie d’une époque courtoise et machiste avec ses meurtres, mais aussi son respect des Hommes. On lutte pour survivre, mais on reste civilisés !
T²
July 24 Origine
Dans la veine des dessins animés du studio Ghibli, un manga sorti en DVD, bien mis en avant par les distributeurs, fait pâle figure : Origine.
Origine nous plonge dans un monde futuriste où la folie industrielle des hommes a détruit notre planète. La forêt a repris sa place et emprisonne l’eau indispensable. Evidemment, des méchants veulent combattre la forêt alors que les gentils veulent maintenir un équilibre avec la forêt.
Malgré un scénario pâlot face aux, maintenant nombreux, autres mangas du même thème, la bienveillance du héros et la qualité des dessins nous permettent de supporter les 90 minutes de visionnage d’une œuvre pas vraiment indispensable.
Juste un dernier message : S’il-vous-plaît, amis japonais, arrêtez cette simplification de l’histoire entre les gentils écolos et les méchants industrieux… Car la simplification gentil-méchant n’a jamais apporté de solutions viables. Arrêtez plutôt la chasse à la baleine !
T² L’élégance du hérisson de Muriel Barbéry
Pari réussi pour Muriel Barbéry : « A quoi sert l’Art ? A nous donner la brève mais fulgurante illusion du camélia, en ouvrant dans le temps une brèche émotionnelle qui semble irréductible à la logique animale. »
Ce qu’elle nomme l’illusion du camélia est une ouverture d’esprit, une volonté de faire avancer le monde, de ne pas figer notre esprit. Muriel fait beaucoup plus qu’ouvrir dans le temps une brèche émotionnelle, elle fait de nous, lecteurs, des êtres civilisés.
Son « élégance du hérisson » est un roman de la classe des plus grands. Elle nous permet d’entrer dans l’extatique extase d’une chute de fleur, d’un haka télévisuel, du rituel du thé ou d’un simple passage aux cabinets. Chaque beauté n’est pas sans rappeler une certaine madeleine. L’élégance de Muriel c’est un roman-poésie, une ode à la belle langue et à la littérature russe.
L’élégance du hérisson, c’est aussi la beauté intérieure d’un animal politique qui se cache et met en place toute sa vie des épines pour se protéger. Il n’est jamais trop tard pour vivre, qu’on soit né ou non avec une cuillère en argent dans sa bouche. Il est simplement indispensable de trouver les bons compagnons. Ses héroïnes (une concierge et une jeune fille suicidaire) expérimenteront cette vie.
J’ai foncé vers ce joyau de 300 pages, il m’a fait rire, pleurer, rêver et philosopher pour 20€. Moi je fonce vers son premier livre. Une plume comme celle de Muriel, c’est trop rare pour ne pas se jeter sur tous ses ouvrages. Si seulement, je savais écrire avec tant de talents, je pourrai à mon tour faire l’élégant.
T² June 16 Le pourquoi du comment
Festival de Cannes terminé, deux films « français » sortis en avant-première ont été les seuls (et pour cause, sic) à retenir mon attention. Ces deux films posent la seule vraie question qui provoque le cinéma depuis qu’il est devenu un média et un divertissement sous ses différentes formes : en salles, dans une boîte chez soi, sur un mur en plein air, payant ou gratuit. (Je ne crois pas au cloisonnement du « grand » cinéma d’un côté et de la petite télévision de l’autre comme Godard. D’ailleurs les deux se recoupent encore et encore… Mais plutôt qu’il faut dépoussiérer et sortir le cinéma des studios comme Truffaut.) Là n’est pas mon sujet. La seule distinction que je connaisse, c’est le pourquoi du comment ? Souvent un film est réussi quand le réalisateur a su simplement pourquoi il a fait son film ? Un film est sans intérêt quand le réalisateur s’est avant tout demandé comment ? Quand il a mis les effets spéciaux avant le sujet à traiter. Un exemple simple : on dit que l’adaptation est souvent plus mauvaise que l’original. Quand il a écrit son livre, l’auteur s’est demandé pourquoi il écrivait, pas comment (la littérature permet moins de technique sur ce point, même si…). L’adaptation devient mauvaise quand le réalisateur se demande comment il va adapter avant le pourquoi ? Quand Julian Schnabel adapte « Le scaphandre et le papillon », il prend l’œuvre de Jean-Dominique Bauby et la met au cinéma avec talent mais sans aucun but. Dans toutes ses interviews, il parle plus d’avoir tourné avec des français ou de la façon de rendre compréhensible l’emprisonnementdu héros, jamais de pourquoi il a adapté ? Résultat un bon divertissement (façon d’écrire évidemment !), mais on en ressort aussi vide que lorsqu’on y est entré ! Quand Christophe Honoré veut nous faire partager sa science des relations. Il nous montre la multiplicité des possibles avec 5 ou 6 personnages : soyons ouverts les uns envers les autres et découvrons-nous. Ensuite, il choisit la forme qu’il connaît le mieux, le cinéma de la nouvelle vague et la musique, mais peu importe finalement, il a un autre but à partager ! Plus que la distinction du fond et de la forme, le pourquoi du comment est une vision de la vie différente. Pourquoi ? Posons-nous la question face à un problème et nous trouverons toujours comment. T²
May 18 Mon cinéma adolescent by T²
Le thème principal du cinéma américain depuis 20 ans, c’est l’adolescence. Peut-être parce que la culture dans ce pays est encore une adolescente aux superpouvoirs… Peut-être aussi pour conquérir le plus grand nombre de consommateurs, car la ménagère de moins de 50 ans du cinéma a entre 15 et 25 ans… Les super héros en sont un des meilleurs exemples. On peut citer entre autres Spiderman (les 3 opus de la série) ou Indiana Jones, voire le Parrain. Mais ici ce qui m’intéresse, ce sont deux trilogies qui sont conformes sur le récit (les gentils contre les méchants) et sur la forme (la science-fiction) et pourtant traitent de ce passage à l’adolescence avec deux visions différentes.
Rappelez-vous avant de commencer des paroles de Georges Lucas : « L'art n'est pas d'arriver avec des idées neuves mais d'interpréter ces idées qui nous entourent depuis toujours.» Bref, le sujet principal de « Star wars les deux trilogies » (ou le sextet) : des ados qui se cherchent (pléonasme ?) pour des ados qui se cherchent (re-pléonasme ?). Alors comparons ce qui a changé entre ces deux générations d’adolescents : Le héros Luke est candide, il recherche une forme de perfection humaine, il a soif de tout apprendre pour devenir un homme. Luke n’a qu’un seul but : le bonheur politique de l’humanité, il se lance dans une quête qui fera triompher son idée du Bien commun. C’est par la politique que le bonheur de tous arrivera. Mais s’il n’y parvient pas, le monde deviendra malheureux. Sa conception du Bien est la seule issue pour tout l’univers. Anakin, même s’il débute sa formation beaucoup plus jeune, est un jeune homme beaucoup plus torturé. Sa principale occupation, c’est lui, trouver son bonheur : avancer dans sa « fonction », sauver sa famille. Il se méfie des politiciens tous corrompus mis à part ceux qu’il connaît, différents des autres. Ses compagnons d’arme Luke tire son courage de ses amis. Il fait tout pour les aider. Au-delà de sa lutte pour un monde plus juste, il ne veut rien d’autre que rester avec ses amis car c’est en eux qu’il tire sa force. Il ne les a pas choisis, ce sont les circonstances qui lui ont fait rencontrer des personnages qui poursuivent la même lutte que lui. Anakin est beaucoup plus solitaire, il sélectionne ceux qui l’entourent. Il accepte d’aider des inconnus (avec l’assentiment de sa mère), mais ce sera pour en retirer un bénéfice personnel car il sait qu’il sera récompensé de sa loyauté. Il prend de haut le seul ami qu’il aurait pu avoir (Jar-Jar) au lieu de l’aider à devenir plus intelligent. Au lieu de cela, il n’accepte l’amitié que de personnes de la même espèce que lui et de personnes socialement plus élevées (Amidala ou Obi-Wan). La famille Luke n’aurait pas abandonné sa famille de son plein gré, son départ n’est que le résultat d’un enchaînement d’événements. Il donne toujours l’impression d’être un héros qui ne laisse personne derrière lui et surtout pas ceux qu’il aime. Et c’est la quête du père qui l’orientera. Il sera à la recherche de son passé. Anakin ne s’embarrasse pas de sa mère. Même s’il revient la chercher (trop tard !), la mort de sa mère est causée par les ennemis, il n’a commis aucune faute comme toujours. Enfin, il méprise complètement ses demi-frères et sœurs qui auraient pu devenir une nouvelle famille (ils élèveront son fils !) L’apprentissage Laissons de côté le temps d’apprentissage jugé « trop court » d’Anakin (qui débute à 8 ans) pour celui jugé « suffisant » de Luke (qui débute à 18 ans) qui nous permettrait de comprendre que la génération 1986 apprend plus vite la génération 2000 ! Comparons plutôt le comportement de nos deux adolescents : Luke n’a pas de dessein, il prend ce qu’on lui donne et fait ce qu’il veut quand on ne lui donne rien. Il se sent beaucoup plus libre et une expérience vaut mieux que toutes les théories du monde. Anakin comprend qu’il doit apprendre pour devenir un Jedi, il ne « sèche pas les cours », il doit apprendre à le devenir, mais il veut en connaître l’issue. On lui a fixé un objectif, défini un timing, il a accepté les règles du jeu, mais sa colère est grande quand il estime qu’on ne lui fait pas confiance ou qu’on ne reconnaît pas sa juste valeur. Les femmes Pour Luke, si les femmes viennent, c’est grâce à son charme, elles ne son absolument pas un but en soi et n’ont pas plus d’intérêt qu’un homme. Pour Anakin, l’élue devient le but ultime de son existence, il abandonne tout pour elle. C’est à lui de la séduire. Contexte Aux USA dans les années 80 (l’époque Reagan), le rêve américain est très présent et il faut que chaque pays puisse parvenir à ce rêve. Chacun peut encore influencer le monde et son destin. Il faut simplement faire les bons choix. L’Autre est ce qui vaut la peine de vivre, c’est dans la communauté que le bonheur se trouve, le Bien se fait avec l’Autre (parfois en le forçant !). Les années 2000 sont beaucoup plus noires. La crise fait rage, le paternalisme a trahi ses enfants. Le rêve américain est mort. L’individualisme fait rage et la famille, en tant qu’entité enfermante, est redevenue une valeur face aux risques de la vie. Pour s’en sortir, il faut être un bon garçon dont sa maman sera fière, sinon, attention, tu n’auras pas ta retraite… Même si Luke, au premier abord, semble le plus « gentil garçon », il choisira d’ailleurs la bonne voie. Trois de ses positions peuvent nous interpeler : 1. Sa vision des femmes : très machiste, il n’a aucune sorte de désir ou n’exprime aucun sentiment. Finalement, c’est lui qui gagne, mais qui dit qu’il ne devient pas un dictateur ? Pour moi, la première série (celle de mon adolescence) a un goût particulier, j’y retrouve tout ce que j’ai cherché : la fuite du foyer familial, la recherche de l’amitié : du partage des difficultés et un sens commun à la vie. Star Wars est lié aux soirées pâte au thon (mais ceci est une nouvelle histoire !) et ce rejet de la ressemblance, ce sentiment que nous allions tous devenir différents (ensemble ?). Pendant quelques années, je me suis senti différent et assumé, ce que le monde ne permet plus aux jeunes d’aujourd’hui.
February 24 Le quiz de la mort qui tueOyez oyez ! Ouvrez grand vos yeux, vos oreilles et surtout vos neurones... Ce week-end, nous vous avons concocté un quiz séries télés qui en achèvera plus d'un ! Découvez tout de suite si vous êtes un vrai accro du tube cathodique et lancez vous à corps perdu dans la piste au trésor.
Les règles sont simples :
1- Nous entendons par série, un rassemblement d'au moins dix épisodes de fiction ou d'animation
2- Chaque phrase ci-dessous correspond à la description d'un série
3- Chaque semaine, de nouveaux indices seront dévoilés et ce jusqu'à ce que chaque série soit découverte
4- Une réponse par personne et par semaine
5- Le premier à trouver marque 10 points en semaine 1, 9 points en semaine 2, etc.
6- Dès qu'une série est trouvée, nous la retirons du jeu
Prêts ? A vos marques !!!!
T² & Ripley SCORES
January 11 Une fille dans la ville
Une fille dans la ville de Flore Vasseur Vous avez aimé Frédéric Beigbeder décrivant avec cynisme le monde parisien de la publicité dans 99 francs, vous adorerez Une fille dans la ville ou le journal cynique d’une jeune net-entrepreneuse entre New York et Kaboul. Partout où se trouve l’argent, tous les ambitieux du porte-monnaie se retrouvent dans des endroits « branchés » où ils peuvent dépenser ce qu’ils considèrent comme le juste retour de leur labeur (La Fontaine doit se retourner dans sa tombe). Notre héroïne fraîchement diplômé d’HEC, après deux premières courtes expériences dans une multinationale et une PME de Nerds, part à l’aventure vers Manhattan. Mais après le 11 septembre, l’argent n’est plus au Nasdaq, la bulle internet a éclaté. L’argent est investi dans la reconstruction de l’Afghanistan, pas de problème : les règles et les acteurs de la comédie sont les mêmes. Outre que le récit nous plonge dans un univers peu familier et absolument psychédélique, l’expérience de Flore Vasseur rend son histoire complètement vraisemblable. Vous serez donc plongé dans un roman noir qui a tous les aspects d’une biographie (et qui semble en être une). De plus son style ajoute un brin de réalisme, Flore Vasseur manie la langue avec l’efficacité d’une financière. Pas de mot en trop, pas de fioriture, tout est dédié à son observation. Elle est consultante auprès d’entreprises qui veulent aller à l’essentiel, elle va à l’essentiel. Ainsi, vous lirez son roman en moins de 2 jours, autant grâce à l’humour de la narratrice, que par l’efficacité de l’écriture. Mais pourquoi Flore Vasseur a-t-elle écrit ce livre ? Comme pour se libérer de ses anciens démons, comme pour montrer ce qu’elle fut, ce qu’elle ne veut plus être ? Flore Vasseur, tu rentres donc du côté des gentils, des artistes, dans la grande famille des écrivains, mais ne te trompe pas, c’est plutôt en faisant ton autocritique que tu sauras trouver un véritable sens à ta vie. T² January 06 Eye of the Tiger
Comment est née votre passion pour le cinéma ? Plus jeune ne vouliez-vous pas devenir boxeur ? Vous êtes considéré comme la nouvelle coqueluche du cinéma français, comment prenez-vous cela ? |